Bruxelles a lancé une enquête de 12 mois contre Google, soupçonné, sous le cadre du Digital Markets Act (DMA), de déclasser les sites d'information quand ils publient des contenus commerciaux, privant ainsi les éditeurs de trafic et de revenus publicitaires. La Commission craint des effets néfastes sur le financement, le pluralisme et la démocratie; Teresa Ribera et Henna Virkkunen insistent sur la protection des éditeurs. Google se défend en affirmant que sa politique antispam vise à combattre des sites frauduleux et que remettre en cause ces règles nuirait aux utilisateurs. En cas de violation du DMA, Alphabet risque d'importantes amendes pouvant atteindre 10 à 20 % du chiffre d'affaires mondial, tandis que l'affrontement Europe–tech se durcit.
L'Union européenne a initié, le jeudi 13 novembre 2025, une nouvelle enquête à l'encontre de Google. La Commission européenne émet des soupçons à l'encontre du géant américain, l'accusant de désavantager les sites d'information au sein de son moteur de recherche. Cette procédure s'inscrit dans le cadre du Digital Markets Act (DMA) et pourrait engendrer des coûts significatifs pour Alphabet. La durée prévue de l'enquête est de 12 mois.
Une politique antispam dans le viseur de Bruxelles
Google a mis en place des mesures visant à lutter contre des techniques de manipulation utilisées par certains sites pour améliorer leur classement dans les résultats de son moteur de recherche, et qu'il assimile à une forme de spam. Pourtant, la Commission européenne a des raisons de s'inquiéter.
La Commission européenne affirme disposer d'indices suggérant que cela inciterait Google à réduire le classement des sites d'information lorsque ceux-ci intègrent dans leurs pages des contenus provenant de partenaires commerciaux. Un tel déclassement a des conséquences préjudiciables pour les éditeurs de presse concernés, car il engendre une diminution de la fréquentation de leurs sites, entraînant ainsi une baisse de leurs revenus publicitaires. Ce point illustre les tensions qui existent entre Bruxelles et Mountain View.
La politique relative à l'abus de réputation des sites a pour objectif de contrer la pratique consistant à diffuser des pages tierces sur des sites de renom dans le but de manipuler le classement dans les résultats des moteurs de recherche, une technique désignée sous le terme de “SEO parasite”. Mais cette politique aurait des effets collatéraux dommageables pour la presse.
Google se défend et brandit le spectre des sites frauduleux
Google s'est défendu vigoureusement, assurant dans un message publié jeudi que “cette nouvelle enquête risque de récompenser des mauvais acteurs et de dégrader la qualité des résultats de recherche”. Le ton est résolument affirmé de la part du géant californien.
Le groupe précise que sa politique de lutte contre le spam vise à combattre les sites frauduleux, tels que ceux proposant des pilules prétendument amaigrissantes ou orchestrant des arnaques financières, qui diffusent des liens promouvant leurs produits sur des plateformes jouissant d'une bonne réputation. D'après les informations fournies par Google, la renonciation à ces règles porterait préjudice à des millions d'utilisateurs européens.
“L'enquête annoncée aujourd'hui sur nos efforts antispam est mal guidée et risque de nuire à des millions d'utilisateurs européens”, a écrit Pandu Nayak, scientifique en chef de Google Search, dans un billet de blog. La firme américaine campe donc sur ses positions.
Le DMA, arme de régulation massive de l'UE
Le DMA, texte emblématique adopté en 2022, est entré en vigueur dans l'Union européenne depuis mars 2024. Ce cadre juridique constitue un tournant significatif dans la régulation du secteur numérique. Il a pour objectif de mettre un terme aux abus de position dominante exercés par les grandes entreprises technologiques.
En ouvrant cette nouvelle enquête, dans le cadre de sa législation phare sur les marchés numériques, le DMA, l'UE affiche sa détermination à réguler les géants de la tech, y compris les champions américains du secteur, malgré les menaces de Donald Trump qui avait critiqué la très lourde amende européenne infligée début septembre à Google (2,95 milliards d'euros). L'Europe ne cède pas aux pressions exercées.
Dans l'éventualité où elle établirait qu'Alphabet a enfreint le DMA, elle serait en mesure de lui imposer une amende pouvant atteindre jusqu'à 10 % de son chiffre d'affaires mondial, et même 20 % en cas de récidive. Les sanctions éventuelles s'avèrent donc être d'une ampleur considérable.
Protéger le financement et le pluralisme de la presse
Teresa Ribera, en sa qualité de responsable de la Commission en matière de Concurrence, a clairement exposé les enjeux. Elle déclare son intention de mener une enquête afin de s'assurer que les éditeurs de presse ne sont pas privés d'une source de revenus significative en cette période difficile pour le secteur. Le message est clair et sans ambiguïté.
Henna Virkkunen, sa collègue responsable des questions numériques, a ajouté des précisions. Elle souligne l'importance de garantir le financement des éditeurs de presse ainsi que leur liberté d'exercer leur activité. Elle évoque également le pluralisme des médias ainsi que la démocratie. Les enjeux s'étendent donc au-delà du seul cadre économique.
Pour la Commission, au contraire, ces mesures de Google pourraient dissuader les éditeurs de presse de travailler de manière tout à fait légitime avec des partenaires qui veulent promouvoir par exemple des coupons ou des offres promotionnelles. Les éditeurs se retrouvent ainsi coincés entre deux feux.
Une enquête de douze mois aux conséquences majeures
Cette enquête n'en est qu'à ses débuts. La Commission espère la boucler d'ici 12 mois. Le calendrier a désormais été établi. Bruxelles dispose par conséquent d'une année pour effectuer ses investigations et rassembler les éléments de preuve requis.
Au cours de cette période, la Commission procédera à une analyse approfondie des pratiques de Google. Elle procédera notamment à une évaluation afin de déterminer si le moteur de recherche impose des conditions équitables aux éditeurs de presse. Les conclusions pourraient remettre en question le modèle économique du géant américain sur le territoire européen.
Cette procédure survient alors que Google est déjà confronté à de nombreuses enquêtes en Europe. Le groupe accumule des contraventions depuis plusieurs années. Cependant, ces sanctions n'ont pas substantiellement altéré ses pratiques jusqu'à ce jour.
Une confrontation qui se renforce entre l'Europe et les grandes entreprises du numérique.
L'affaire Google illustre la volonté européenne de ne plus subir la domination des plateformes américaines. Selon Statcounter, la part de marché de Google en avril 2025 est de 89,66 %. Cette position ultra-dominante justifie la vigilance de Bruxelles.
Cependant, l'Europe marche sur des œufs. D'un côté, elle doit protéger son écosystème médiatique et la concurrence. De l'autre, elle ne veut pas nuire à l'expérience des utilisateurs européens. L'équilibre est difficile à trouver.
Cette enquête s'inscrit dans un contexte plus large. Apple, Meta et d'autres géants de la tech font également l'objet d'investigations. Le DMA devient progressivement l'outil privilégié de Bruxelles pour réguler le secteur numérique. Les mois à venir s'annoncent décisifs.

