Divine ressuscite Vine : le réseau social anti-IA

Orlene Briard
Lecture en 7 min
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L'essentiel

Neuf ans après Vine, Divine, soutenu par Jack Dorsey et dirigé par Evan Henshaw-Plath, réactive le format de six secondes en restaurant plus de 100 000 vidéos archivées via l'Archive Team tout en bannissant le contenu généré par IA et en misant sur l'authenticité humaine. La plateforme, basée sur le protocole décentralisé Nostr et utilisant la vérification ProofMode, confère aux créateurs la propriété et l'export de leurs vidéos, propose un badge pour les archives récupérées et mise sur une communauté de niche plutôt que la conquête de masse. Face à la promesse d'un Vine « sous forme d'IA » d'Elon Musk, Divine affirme une alternative éthique mais doit relever défis techniques et juridiques.

Neuf ans après sa disparition, Vine renaît sous le nom de Divine, soutenu par Jack Dorsey. Contrairement aux géants du numérique qui misent sur l' générative, cette nouvelle plateforme fait le pari inverse. Elle bannit les contenus générés par IA et mise sur l'authenticité humaine. Plus de 100 000 vidéos de l'archive originale ont été restaurées, ramenant nostalgie et dans un paysage dominé par TikTok et Instagram.

Le retour nostalgique des vidéos de six secondes

Divine s'inspire de l'ADN de Vine en adoptant son format emblématique de six secondes. Cependant, cette résurrection ne constitue pas une simple reproduction du passé. Le projet est dirigé par Evan Henshaw-Plath, ancien collaborateur de Twitter, et bénéficie du soutien financier de l'organisation à but non lucratif fondée par Jack Dorsey, dénommée “and Other Stuff”, établie en mai 2025.

Grâce aux efforts déployés par le collectif Archive Team, qui avait procédé à la sauvegarde des contenus lors de la fermeture de Vine en 2017, l'équipe a réussi à récupérer plus de 100 000 vidéos archivées. Ces anciennes créations sont identifiables par un badge spécial. Les créateurs originaux peuvent réclamer leurs vidéos ou demander leur suppression, et même publier de nouveaux contenus.

Dès son lancement en phase bêta, dix mille personnes ont intégré la version de test en l'espace de quatre heures. Cet engouement témoigne de la nostalgie persistante pour une époque révolue des réseaux sociaux.

Une forteresse anti-IA dans un océan de contenus générés

“Nous sommes au milieu d'une prise de contrôle de l'IA sur les médias sociaux”, explique Divine sur son site, citant l'invasion de TikTok, YouTube et Instagram par des contenus artificiels. Face à ce constat, la plateforme adopte une position radicale : zéro tolérance pour l'IA générative.

Afin d'assurer l'authenticité, Divine recourt à ProofMode, une technologie élaborée par Guardian Project, qui permet de vérifier que les vidéos ont effectivement été enregistrées sur un smartphone. Cette approche technique est accompagnée d'un système de signalement communautaire visant à identifier les contenus suspects.

“Divine se lance à un moment où le contenu généré par IA commence à submerger les plateformes”, analyse Martin Jeffrey, stratège digital spécialisé en IA. Cette position critique à l'égard de l'intelligence artificielle représente l'argument distinctif majeur de la plateforme dans un contexte fortement concurrentiel.

Nostr : la décentralisation comme garantie d'indépendance

Divine repose sur le protocole Nostr, un système décentralisé et open source soutenu par Dorsey. Cette architecture technique modifie de manière significative la situation. Aucune ne contrôle les décisions de modération, les algorithmes ou la visibilité des contenus.

Chaque utilisateur conserve la propriété de ses vidéos grâce à l'utilisation d'une signature numérique. Il est assuré que l'utilisateur a la possibilité d'exporter ses données à tout moment. “Nostr permet aux développeurs de créer une nouvelle génération d'applications sans avoir besoin de financement en capital-risque, de modèles commerciaux toxiques ou d'équipes d'ingénieurs massives”, déclare Jack Dorsey.

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Cette philosophie décentralisée se positionne en opposition directe aux plateformes traditionnelles. Dorsey justifie son financement en affirmant vouloir “permettre à des ingénieurs créatifs de montrer ce qui est possible avec des protocoles sans permission qui ne peuvent pas être fermés sur un coup de tête d'un propriétaire d'entreprise”.

Un positionnement de niche assumé face aux géants

“Ça ne va pas faire tomber X ou TikTok. C'est en bêta avec environ 150 000 vidéos archivées créées par 60 000 créateurs”, reconnaît Evan Henshaw-Plath, ajoutant que “TikTok compte plus d'un milliard d'utilisateurs mensuels et X des centaines de millions”.

Le fondateur assume pleinement cette modestie des ambitions. “C'est un projet de construction communautaire pour une communauté de niche. Cela s'articule autour de la nostalgie d'une époque antérieure aux médias sociaux et des principes de l'open source. Au lieu de rechercher la domination sur le marché, Divine offre une alternative éthique.

“Pouvons-nous faire quelque chose de nostalgique?”, questionne Henshaw-Plath. Cette approche vise à reconnecter avec une époque où les utilisateurs choisissaient leurs flux et où chaque vidéo venait d'une personne réelle, pas d'un algorithme.

La course contre Elon Musk pour ressusciter Vine

Elon Musk, le propriétaire actuel de X, a également exprimé son intention de rétablir Vine, en annonçant au mois d'août que la société avait retrouvé les anciennes archives. Cependant, à ce jour, aucune initiative n'a été présentée publiquement. Divine prend donc une avance considérable dans cette course empreinte de nostalgie.

En juillet, Musk avait déclaré sur X que Vine reviendrait “sous forme d'IA”. En 2022, il avait initié un sondage au cours duquel plus de 69 % des 4,9 millions de participants exprimaient le désir de voir le retour de Vine. Cependant, la perspective de Musk diffère de manière significative de celle de Dorsey.

Cette rivalité incarne deux visions diamétralement opposées des réseaux sociaux. D'un côté, l'intégration de l'IA pour maximiser l'engagement. D'autre part, l'authenticité humaine se présente comme une valeur fondamentale. Divine trace ainsi un chemin alternatif dans un écosystème dominé par l'automatisation.

Les défis techniques et juridiques d'un reboot ambitieux

Les créateurs Vine, qui conservent les droits d'auteur de leurs œuvres, peuvent envoyer une demande DMCA pour retirer leurs vidéos. Ils ont également la possibilité de s'assurer qu'ils sont les titulaires du compte en démontrant qu'ils détiennent toujours les comptes de médias sociaux mentionnés dans leur biographie Vine originale. Toutefois, ce processus n'est pas automatisé.

L'application est d'ores et déjà accessible sur la plateforme Android, toutefois, son arrivée sur l'App Store d' ne semble pas imminente. “Apple est typiquement frustrant avec ses révisions”, a écrit Henshaw-Plath, annonçant un nouveau rejet. Ces obstacles techniques entravent le processus de déploiement.

Le projet Divine considère que l'exploitation de contenu issu d'archives en ligne relève d'un usage équitable, tout en permettant aux créateurs de maintenir leurs droits d'auteur. Cette position juridique pourrait toutefois être contestée à mesure que la plateforme gagne en visibilité.

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