Dans la nuit du 19 au 20 novembre, l'Assemblée nationale a voté une redevance de 2 euros sur les petits colis hors Union européenne, ciblant des plateformes comme Shein et Temu, afin de freiner l'afflux massif de colis chinois (800 millions en 2024) et financer à hauteur de 500 millions d'euros la modernisation des douanes. Le dispositif, intégré via la TVA pour faire peser la charge sur les plateformes, a provoqué de vifs débats politiques mais recueilli un compromis. Attendue au 1er janvier et coordonnée avec plusieurs États européens, la mesure vise à restaurer la concurrence, renforcer les contrôles sanitaires et sécuritaires, et contraindre les acteurs du e‑commerce à internaliser un coût jusqu'ici externalisé.
L’Assemblée nationale a entériné, dans la nuit du 19 au 20 novembre, l’instauration d’une redevance de 2 euros sur les colis de faible valeur en provenance de pays situés en dehors de l’Union européenne. Cette mesure, adoptée par 208 députés contre 87, vise directement les plateformes telles que Shein et Temu. D’après les déclarations de l’exécutif, plus de 775 millions d’articles ont été importés en France en 2024 par le biais de ces envois. La taxe est destinée à générer un montant de 500 millions d’euros en vue de moderniser le contrôle douanier.
Un vote politique aux enjeux économiques majeurs
Le scrutin a révélé de profondes divisions. Le Rassemblement national a voté contre, tandis que la gauche, la coalition gouvernementale et le groupe UDR ont voté pour. L’adoption a requis un compromis essentiel : la taxe sera désormais acquittée par le biais du tuyau de la TVA, et non plus par celui des droits de douane.
Ce mécanisme technique change tout. Il permet aux plateformes, plutôt qu’aux consommateurs, d’assumer directement la charge. Le Rassemblement national dénonçait une taxe sur la consommation populaire, tandis que la ministre Amélie de Montchalin défendait une redevance destinée à contrôler des produits souvent dangereux. L’amendement proposé par le gouvernement a finalement persuadé La France insoumise d’apporter son soutien à la mesure.
Philippe Juvin, rapporteur général du Budget, a estimé qu’il s’agissait d’un péril mortel pour les commerces français, mais également pour l’artisanat et l’industrie. Les discussions ont persisté pendant plusieurs heures avant l’approbation définitive, intervenue peu après minuit.
Une déferlante de colis chinois qui alarme
En 2024, 800 millions de petits colis, issus majoritairement de Chine, sont arrivés en France. Ces données mettent en évidence l’ampleur du phénomène. Le volume de colis entrant sur le territoire français a connu un doublement entre 2023 et 2024, s’élevant de 400 millions à 800 millions. Et la tendance va s’accélérer.
Le rapporteur général a déclaré qu’au cours de l’année prochaine, 6,5 milliards de colis en provenance de Chine seront acheminés vers l’Europe. Les contrôles en vigueur sont manifestement insuffisants : seulement 0,125 % des colis entrants ont été soumis à une vérification l’année précédente. Un contrôle récent portant sur 200 000 colis aurait révélé que 80 % des colis de la marque Shein ne respectaient pas les normes établies, selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad).
L’augmentation significative des volumes exerce une pression sur les infrastructures douanières françaises. En réponse à cette submersion, le gouvernement souhaite évoluer d’un autocontrôle partiel vers un dispositif apte à filtrer de manière efficace les envois.
500 millions d’euros pour moderniser les douanes
La taxe devrait rapporter environ 500 millions d’euros, destinés à financer l’achat de scanners pour contrôler les colis et embaucher des douaniers. L’objectif est clair : renforcer massivement les capacités de contrôle.
Ces ressources financières permettront l’acquisition d’équipements de détection de haute performance. Des agents douaniers supplémentaires seront engagés afin de superviser l’augmentation du flux. Les procédures de vérification seront également optimisées afin de détecter les produits dangereux ou non conformes.
La ministre a exprimé sa satisfaction quant à la décision de la France d’appliquer la taxe à partir du 1er janvier, en accord avec la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, soit neuf mois avant les autres États membres de l’Union européenne. Cette initiative française a pour objectif de servir de modèle et de favoriser l’harmonisation au sein de l’Union européenne.
L’Europe accélère pour rééquilibrer la concurrence
La mesure française s’inscrit dans un mouvement européen plus vaste. Les ministres des Finances de l’Union européenne ont donné leur approbation, le 13 novembre, à l’abrogation de l’exonération des droits de douane concernant les petits colis d’une valeur inférieure à 150 euros. Cette franchise offrait jusqu’à présent aux plateformes étrangères la possibilité d’échapper aux obligations fiscales.
Cette suppression, initialement prévue pour mi-2028, pourrait entrer en vigueur dès 2026, de façon provisoire, en raison de l’urgence de la situation. 12 millions de colis de moins de 150 euros pénètrent chaque jour le marché européen en 2024, et 91 % d’entre eux provenaient de Chine.
Les modalités précises seront finalisées lors du Conseil des ministres des Finances du 12 décembre. L’Union est en train de développer un système transitoire en attendant la mise en œuvre intégrale de la réforme de l’union douanière, qui est prévue pour l’année 2028. La synchronisation entre pays européens devient cruciale pour éviter les contournements.
Des conséquences multiples pour l’écosystème e-commerce
Pour des plateformes telles que Shein et Temu, la taxation modifie de manière significative l’équation économique. Elles devront intégrer ce surcoût dans leurs marges ou le répercuter sur les prix de vente finaux. Avec un panier moyen composé de cinq articles, cela entraînerait donc une augmentation de 10 euros sur la facture.
Les retailers français y voient une opportunité. Pierre Talamon, président de la Fédération nationale de l’habillement, explique que cette mesure minimale est nécessaire pour commencer à rétablir un minimum d’équité, évoquant une question de survie économique et de protection de centaines de milliers d’emplois.
Pour les consommateurs, l’impact demeure incertain. Les tarifs pourraient connaître une hausse si les plateformes décident de répercuter la taxe. Cependant, la sécurité des produits devrait connaître une amélioration grâce à des contrôles renforcés. Les logisticiens seront tenus d’ajuster leurs systèmes informatiques ainsi que leurs capacités de traitement afin d’intégrer cette nouvelle contrainte.
Un tournant stratégique pour le commerce transfrontalier
Cette taxe représente bien plus qu’un simple ajustement fiscal. Elle marque un changement de paradigme dans la régulation du e-commerce international. En intégrant la redevance sur les colis, la cessation de l’exonération douanière et le renforcement des contrôles, la France et l’Europe procèdent à une redéfinition des règles du jeu.
La ministre a déclaré avec fermeté que ceux qui ne soutiendraient pas cette taxe n’auraient pas opté pour la France ni pour les commerçants, mais auraient plutôt fait le choix de la Chine et de sa submersion. Le discours politique illustre l’enjeu stratégique de la souveraineté économique.
La prochaine étape consistera en une harmonisation complète au niveau européen. L’efficacité de la mesure sera tributaire de sa coordination entre les États membres. En l’absence d’un front commun, les plateformes pourraient éluder les dispositifs nationaux. La lutte pour le e-commerce transfrontalier ne fait que débuter, avec des répercussions significatives pour l’avenir du commerce en Europe.

