Le commerce français porte plainte contre Shein pour concurrence déloyale

Romain Montagne
Lecture en 6 min
le-commerce-francais-porte-plainte-contre-shein-pour-concurrence-deloyale
L'essentiel

Douze fédérations professionnelles, soutenues par une centaine de marques comme Promod, Monoprix ou Coopérative U, ont saisi le tribunal de commerce d'Aix-en-Provence contre la plateforme chinoise Shein pour concurrence déloyale, demandant plusieurs centaines de millions d'euros de dommages et intérêts et évoquant un préjudice potentiel de 3 milliards. Les plaignants dénoncent des pratiques fondées sur le contournement des règles, produits non conformes révélés par des contrôles douaniers massifs et pertes d'emplois et de magasins dans la mode. Shein rejette les accusations, parlant de boycott, tandis que l'audience de mise en état est fixée au 12 janvier 2026, avec des sanctions civiles potentielles très lourdes.

C'est une mobilisation inédite dans l'histoire du commerce français. Douze fédérations professionnelles et une centaine de marques attaquent conjointement la plateforme chinoise Shein devant le tribunal de commerce d'Aix-en-Provence. Elles réclament plusieurs centaines de millions d'euros de dommages et intérêts pour réparer les préjudices subis. L'audience de mise en état se tiendra le 12 janvier 2026.

Une action collective sans précédent

L'Alliance du commerce, la FEVAD, le Conseil du Commerce de France, la Fédération française de la franchise… Au total, douze fédérations professionnelles du commerce et de l'industrie se sont unies dans cette action en justice. Elles sont soutenues par une centaine de marques et 63 entreprises, dont Promod, Monoprix, Coopérative U, Besson ou encore Grain de Malice.

Cette mobilisation exceptionnelle témoigne de l'exaspération du secteur face aux pratiques de la plateforme chinoise. « C'est la première fois dans l'histoire du commerce en France qu'une action d'une telle ampleur est engagée », souligne Bernard Cherqui, président de l'Alliance du Commerce. Les fédérations dénoncent un modèle économique fondé sur le contournement systématique des règles communes.

Des dommages et intérêts qui se chiffrent en centaines de millions

Les montants réclamés promettent d'être considérables. « Les expertises économiques sont en voie de finalisation, mais à coup sûr, ce sont déjà plusieurs centaines de millions d'euros, et voire peut-être milliards », annonce Yohann Petiot, directeur général de l'Alliance du commerce. Ce dernier précise que d'autres entreprises peuvent encore rejoindre l'action d'ici janvier 2026.

Le secteur de la mode est particulièrement touché. Sur les cinq dernières années, ce sont 23 000 emplois qui ont été perdus et plus de 6 000 magasins fermés. Les fédérations estiment que le préjudice économique pourrait atteindre 3 milliards d'euros selon le cabinet d'avocat Bruzzo Dubucq qui représente les plaignants. Cette estimation repose sur les parts de marché conquises illégitimement par Shein grâce au non-respect des réglementations françaises.

Des contrôles douaniers accablants

Les arguments des commerçants s'appuient sur des chiffres édifiants. Lors d'une opération de contrôle menée début novembre à l'aéroport Charles de Gaulle, les douanes françaises ont examiné 200 000 colis Shein. Résultat : 8 articles sur 10 ont été déclarés non conformes. Certains produits se sont même révélés dangereux.

Les fédérations rappellent que 775 millions de petits articles ont été envoyés en France en 2024 depuis des plateformes extra-européennes. Ces flux massifs représentent désormais 22% des colis distribués dans l'Hexagone. Face à cette déferlante, le commerce traditionnel voit son taux de vacance doubler dans les centres-villes, passant de 5,94% en 2004 à 10,85% en 2024.

Un modèle basé sur la violation des règles

Les griefs formulés contre Shein sont multiples. Les fédérations accusent la plateforme de captation massive de consommateurs grâce à la violation des données personnelles, de pratiques commerciales agressives et de publicités mensongères. Elles dénoncent également l'écoulement de produits non conformes et dangereux sur le marché français.

« Si Shein avait conquis ses parts de marché à la régulière, nous n'aurions pas intenté cette action », précise Jean-François Brunet, délégué général du Conseil du Commerce de France. Les commerçants ne contestent pas la concurrence d'une chinoise en tant que telle, mais ses méthodes de conquête du marché. Shein a déjà été condamnée à près de 190 millions d'euros d'amendes par les autorités françaises et européennes pour diverses violations.

- Advertisement -

Shein conteste et dénonce un boycott

Du côté de Shein, la riposte ne s'est pas fait attendre. « Cette accusation est infondée », réagit un porte-parole de la plateforme cité par l'AFP. « Il est regrettable que ces acteurs privilégient la confrontation judiciaire plutôt qu'un dialogue constructif », ajoute-t-il.

La plateforme estime que cette initiative « s'apparente davantage à une tentative de boycott qu'à une démarche juridique sérieuse ». Shein affirme que l'action « s'écarte de l'esprit du droit français et européen de la concurrence, dont la vocation est de protéger l' et d'assurer le libre choix des consommateurs ». Le géant chinois promet d'analyser les éléments avec ses conseillers juridiques et de prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre ses intérêts.

Un rendez-vous judiciaire décisif en janvier

L'audience de mise en état se tiendra le 12 janvier 2026 devant le tribunal de commerce d'Aix-en-Provence. Cette audience fixera le calendrier de la procédure et les échanges entre les parties. Les fédérations et entreprises engagées interviennent en fait dans une procédure déjà lancée par le liquidateur de la société Kaporal contre deux filiales irlandaises de Shein.

Les enjeux sont considérables. Le juge dispose d'un pouvoir souverain pour faire cesser la concurrence déloyale et pourrait même ordonner la fermeture de la plateforme. Le procureur pourrait également requérir une amende civile pouvant atteindre cinq fois la faute lucrative. Si Shein a perçu indûment 3 milliards d'euros, l'amende pourrait s'élever à 15 milliards. « Nous refusons qu'un modèle économique fondé sur le contournement de nos règles communes fragilise nos entreprises », martèlent les représentants du commerce français.

Associé à :
Partager cet article
Passionné par le développement informatique et le marketing. J'ai créé le site actu-marketing.fr pour partager avec vous toutes les actualités et astuces autour du marketing.