Le 5e Baromètre de la MILDECA montre une France hyperconnectée où les 15-24 ans consomment massivement contenus et influenceurs, 56 % passant au moins 3 heures par jour sur les réseaux et 15 % interagissant longuement avec l'IA. Cette hyperconnexion coïncide avec une détresse psychologique accrue, créant un cercle vicieux entre troubles mentaux et usage excessif. Les influenceurs, suivis surtout sur YouTube, Instagram et TikTok, modèlent comportements et opinions pour 38 % des Français. Majoritairement perçus comme nuisibles, les réseaux poussent vers des réponses politiques : proposition d'interdire l'accès aux moins de 15 ans, instauration de couvre-feu numérique et mesures scolaires, à l'examen au Parlement.
Le 5ᵉ Baromètre de la MILDECA révèle l'ampleur de la dépendance numérique des Français. Réalisée auprès de 2074 personnes, l'étude met en lumière un usage massif et souvent incontrôlable des réseaux sociaux, particulièrement chez les jeunes. En parallèle, une proposition de loi vise désormais à interdire ces plateformes aux moins de 15 ans.
Une population française massivement connectée
L'enquête a été conduite auprès de 2 074 individus, représentatifs de la population française âgée de 15 ans et plus. Les résultats sont catégoriques. La plupart des citoyens français recourent à Internet de manière quotidienne afin de communiquer et de s'informer.
Un quart des Français passe 3 h ou plus par jour sur les réseaux sociaux. Ce phénomène touche particulièrement les plus jeunes. 80 % des 15-24 ans communiquent tous les jours en ligne, et 83 % consomment des contenus sur les plateformes. De surcroît, 56 % d'entre eux consacrent un minimum de 3 heures par jour à cette activité. Les hommes tendent à favoriser les jeux vidéo et les jeux d'argent, tandis que les femmes se montrent plus actives sur les réseaux sociaux.
Un autre constat notable est que 15 % des individus âgés de 15 à 34 ans consacrent plus de trois heures par jour à interagir avec des outils d'intelligence artificielle. Cette hyperconnexion s'étend jusqu'aux instants les plus intimes. En effet, 41 % des personnes interrogées admettent consulter des contenus en ligne durant les repas, tandis que 58 % le font au moment de se coucher.
Détresse psychologique et usage excessif des écrans
Le rapport met en évidence une corrélation préoccupante. Les individus éprouvant des difficultés psychologiques présentent une connexion significativement plus élevée que la moyenne. En effet, 68 % d'entre eux visionnent des vidéos quotidiennement, comparativement à 44 % en moyenne. De surcroît, 53 % des individus s'adonnent quotidiennement aux jeux vidéo, en comparaison avec 36 % de la population générale.
Parmi les jeunes, la situation s'avère encore plus préoccupante. Parmi les Français faisant état d'une détérioration de leur santé mentale, 45 % indiquent consacrer plus de trois heures par jour aux réseaux sociaux, en comparaison avec une moyenne de 21 %. Il convient de noter que 17 % des individus âgés de 15 à 24 ans se déclarent en situation de grave détresse, comparativement à 9 % pour l'ensemble de la population française.
Le docteur Nicolas Prisse, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), met en exergue la complexité de cette relation. Il fait référence à un cercle vicieux potentiel dans lequel des troubles mentaux préexistants et une consommation excessive s'entretiennent mutuellement, contribuant ainsi à l'émergence d'anxiété ou d'épuisement mental.
L'addiction aux réseaux sociaux, un sentiment partagé
La prise de conscience est présente, néanmoins elle ne s'avère pas suffisante. Une vaste majorité des participants déclare consacrer davantage de temps que prévu à l'utilisation d'internet. Les trois activités les plus ardues à diminuer sont la consommation de contenus audiovisuels, la pratique de jeux, ainsi que les interactions avec ses proches.
Le sentiment de « dépendance » des utilisateurs de réseaux sociaux est également marqué : près de la moitié des personnes interrogées considère qu'elles consacrent très régulièrement plus de temps que prévu à ces plateformes, un taux qui s'élève à 80 % parmi les 15-24 ans. Cette perte de contrôle s'infiltre dans l'ensemble des moments de la vie. Ces comportements addictifs persistent pendant les repas et jusqu'au coucher.
Pour le Dr Nicolas Prisse, cette situation ne relève pas du hasard. Les plateformes auraient fondé leur succès sur l'appropriation de l'attention, au détriment du bien-être des utilisateurs. Il appelle à mieux comprendre l'impact des réseaux sociaux, notamment face à la “social media fatigue” ressentie par de nombreux adolescents.
Les influenceurs, nouveaux prescripteurs d'opinions
Les réseaux sociaux occupent une place centrale dans le quotidien des Français. 64% s'y rendent au moins 1h par jour, et 21% y passent 3h ou plus. L'utilisation intensive concerne tout particulièrement les individus les plus jeunes, avec un taux de 38 % parmi les personnes de moins de 35 ans.
Parmi les Français adeptes des réseaux sociaux, près de trois quarts d'entre eux déclarent consulter des publications ou des contenus d'influenceurs, dont 40 % le font de manière régulière. Cette proportion devient nettement prédominante au sein de la tranche d'âge des 15 à 34 ans. Plus significatif encore, 38 % des Français déclarent que les influenceurs ont un impact sur leur façon de penser.
Les utilisateurs accèdent principalement à ces contenus via les plateformes YouTube et Instagram. Les influenceurs sont principalement suivis sur les plateformes TikTok, Snapchat et Instagram. Les thématiques prédominantes englobent l'humour, le sport et la gastronomie. Cependant, cette influence dépasse le cadre du simple divertissement, impactant désormais les modes de vie et les réflexions des utilisateurs.
Un impact sociétal jugé négatif
Paradoxe intéressant : en dépit de leur utilisation fréquente, les Français demeurent conscients des risques associés. En effet, 83 % d'entre eux déclarent que les réseaux sociaux exercent une influence significative sur la société. Il est à noter qu'une proportion de 70 % des personnes interrogées considèrent que leur influence est défavorable.
Les individus âgés de 15 à 24 ans, bien qu'étant les plus connectés, expriment une opinion plus nuancée. Néanmoins, la majorité se montre toujours en faveur de la proposition visant à restreindre l'accès des réseaux sociaux aux mineurs. Cette position résonne de manière significative auprès des individus âgés de moins de 15 ans. Un sondage récent indique que 79 % des Français se prononcent en faveur d'une interdiction des réseaux sociaux pour les individus de moins de 15 ans.
Cette prise de conscience collective se manifeste alors que les débats politiques s'intensifient. Le président Emmanuel Macron exprime publiquement ses préoccupations concernant l'influence des plateformes sur la santé mentale des jeunes. Des délibérations sont actuellement en cours au sein du Parlement européen ainsi qu'à l'Assemblée nationale.
Vers une interdiction pour les moins de 15 ans
Le 18 novembre, les députés affiliés à la majorité présidentielle ont présenté leur proposition de loi, élaborée par Laure Miller, la rapporteure de la commission d'enquête sur TikTok et les mineurs, et co-signée par l'ancien Premier ministre, Gabriel Attal. Cette proposition a pour objectif d'interdire l'accès aux réseaux sociaux aux individus âgés de moins de 15 ans, alors qu'il est actuellement fixé à 13 ans.
Le texte prévoit également l'instauration d'un couvre-feu numérique entre 22 heures et 8 heures du matin pour les jeunes âgés de 15 à 18 ans. Il suggère également d'interdire l'utilisation des smartphones au sein des établissements secondaires et de procéder à la suppression des comptes existants des individus âgés de moins de 15 ans. Le 14 juillet 2025, l'Union européenne a officialisé la possibilité pour les États membres d'interdire l'accès aux réseaux sociaux en fonction d'une limite d'âge établie par chaque État membre.
Cette évolution législative s'inscrit dans un courant international. En novembre 2024, l'Australie a mis en place une interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les individus âgés de moins de 16 ans. En Europe, plusieurs nations telles que le Danemark, la Grèce, l'Espagne et l'Irlande apportent leur soutien à cette initiative. Les députés pourraient examiner le texte français au commencement de l'année 2026.

