Shein échappe à la fermeture mais reste dans le viseur des autorités françaises

Romain Montagne
Lecture en 7 min
shein-echappe-a-la-fermeture-mais-reste-dans-le-viseur-des-autorites-francaises
L'essentiel

Sous pression gouvernementale, Shein a retiré sous 48 heures les produits jugés illicites en France et a évité une fermeture immédiate, mais reste placé sous « surveillance rapprochée » et visé par plusieurs procédures judiciaires, y compris une requête du ministère de l'Intérieur et des enquêtes confiées à l'Office des mineurs. Des contrôles douaniers à Roissy ont révélé un taux de non-conformité de 80 % sur 200 000 colis, renforçant les accusations d'un « défaillance du modèle ». Classée VLOP par la Commission européenne, la plateforme doit désormais renforcer ses contrôles via sa Marketplace Integrity Taskforce sous le régime du Digital Service Act, sous peine de lourdes sanctions financières et pénales.

Le géant chinois du e-commerce a évité de justesse la suspension totale en France. Après avoir retiré les produits illégaux de sa plateforme sous la pression gouvernementale, Shein reste néanmoins sous surveillance étroite. Plusieurs procédures judiciaires sont toujours en cours, tandis que les contrôles douaniers révèlent un taux de non-conformité alarmant.

Une mise en conformité sous contrainte

Le délai de 48 heures octroyé à Shein par les autorités gouvernementales pour procéder au retrait des produits jugés illégaux a pris fin le vendredi 7 novembre. La plateforme était sommée de faire disparaître des poupées à caractère pédopornographique et des armes de catégorie A.

Dans un communiqué publié le 7 novembre, l'exécutif a annoncé que Shein avait retiré l'ensemble des produits illicites présents sur sa plateforme. Par conséquent, la menace de fermeture a été levée, mais Shein reste toutefois sous « surveillance rapprochée ». Cette mise en conformité n'a pu être réalisée que grâce à la suspension intégrale de la marketplace.

Du côté de la marque chinoise, le ton demeure mesuré. Shein déclare souhaiter « établir dans les plus brefs délais un dialogue avec les autorités françaises ». Cette attitude vise à apaiser les tensions alors que l' fait déjà face à de nombreuses polémiques.

Un arsenal judiciaire déployé

Bien que Shein ait évité une suspension immédiate, les turbulences judiciaires demeurent loin d'être résolues. Le ministère de l'Intérieur a introduit une requête auprès du tribunal judiciaire de Paris afin de solliciter le blocage du site. En parallèle, quatre enquêtes ont été confiées à l'Office mineurs.

Au niveau européen, la France a également sollicité la Commission européenne afin d'initier une enquête concernant les pratiques de la plateforme. Cette initiative s'inscrit dans un cadre plus vaste de régulation des marketplaces asiatiques, fréquemment critiquées pour la commercialisation de produits ne respectant pas les normes de sécurité.

Depuis l'année 2024, le géant chinois de la fast-fashion est qualifié de « très grande plateforme en ligne » (VLOP) par la Commission européenne, ce qui l'assujettit à des obligations accrues. Le gouvernement rappelle fermement que les procédures judiciaires continuent malgré la mise en conformité.

Des contrôles douaniers accablants

Les services douaniers ont initié une opération d'envergure à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle : parmi les 200 000 colis Shein examinés, huit articles sur dix se sont avérés non conformes. Ce taux de 80 % illustre l'ampleur du problème.

L'opération, réalisée le 6 novembre sous l'autorité des douanes en collaboration avec la DGCCRF, avait pour objectif de s'assurer de la conformité des produits. Les résultats corroborent les appréhensions des autorités relatives à la qualité et à la sécurité des produits commercialisés.

- Advertisement -

Selon le ministre de l'Économie Roland Lescure, cette suspension a révélé « la défaillance du modèle » de Shein, contraint de bloquer tous ses vendeurs tiers pour faire cesser la vente de produits interdits. Cette situation suscite des interrogations quant à la capacité de la plateforme à exercer un contrôle efficace sur ses vendeurs.

Le BHV Marais maintient son partenariat controversé

Le 5 novembre, alors que Shein inaugurait un espace permanent au BHV Marais, le gouvernement annonçait avoir saisi la justice pour demander le blocage du site en France. Ce calendrier a engendré une situation paradoxale pour le grand magasin parisien.

En dépit des critiques, l'établissement persiste dans sa collaboration avec la marque chinoise. Frédéric Merlin, directeur de la Société des Grands Magasins, a expliqué cette décision sur RTL en déclarant : « Shein compte 25 millions de clients en France. » Néanmoins, plusieurs marques partenaires ont quitté le grand magasin en signe de protestation.

Pascal Demurger, coprésident d'Impact France, a affirmé sur Franceinfo que « le BHV introduit le loup dans la bergerie ». La polémique révèle les tensions entre impératifs commerciaux et responsabilité éthique dans la distribution française.

Des obligations renforcées

Shein est tenu de se conformer aux réglementations en vigueur « sans pouvoir se prévaloir d'une ignorance effective concernant la réalité des produits mis en vente sur sa plateforme par des revendeurs », comme l'indique l'avocate Sarah Allouche. La plateforme est tenue de respecter une obligation d'autorégulation en vertu du Digital Service Act.

La « Marketplace Integrity Taskforce » de Shein supervise cette démarche, qui comprend un audit approfondi des fiches produits et des catégories, un renforcement des contrôles des vendeurs. Ces mesures ont pour objectif d'assurer une conformité intégrale avec la législation française.

Les plateformes qui ne s'engagent pas à retirer leurs contenus à caractère terroriste ou pédopornographique s'exposent à une peine d'emprisonnement d'une durée d'un an ainsi qu'à une amende s'élevant à 250 000 euros. Dans l'éventualité où ces refus se reproduiraient, le montant de l'amende pourrait atteindre jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires annuel mondial. Pour la société Shein, cela équivaudrait à environ 2,3 milliards de dollars.

Un précédent pour le e-commerce

Pour le gouvernement, il est désormais question de « poursuivre la lutte » contre les abus liés au commerce en ligne et de renforcer la responsabilité des plateformes exerçant sur le marché français. Cette affaire établit un précédent en matière de régulation du secteur.

Les autorités ont annoncé que les contrôles seraient étendus à d'autres plateformes similaires. Le ministre de l'Économie a confirmé que de nouvelles procédures seraient engagées dans les prochains jours. L'objectif est clair : faire appliquer strictement la loi française.

Face aux procédures judiciaires, aux pressions politiques et à la méfiance du public, Shein demeure plus que jamais sous une vigilance accrue. Sa capacité à démontrer que la conformité ne constituera pas un simple exercice ponctuel sera déterminante pour son avenir sur le marché français. Le Premier ministre a sollicité un nouvel état des lieux pour la semaine à venir.

Associé à :
Partager cet article
Passionné par le développement informatique et le marketing. J'ai créé le site actu-marketing.fr pour partager avec vous toutes les actualités et astuces autour du marketing.