Une enquête conjointe de la Commission européenne et des autorités nationales révèle que 69 % des 148 produits achetés anonymement sur Shein et Temu entre décembre 2023 et mai 2024 sont non conformes aux normes européennes, dont 47 % présentent un danger pour la santé ou la sécurité. Les jouets (85 %), l'électronique (78 %) et les cosmétiques (62 %) sont particulièrement concernés, avec présence de phtalates, métaux lourds, risques d'électrocution, petites pièces détachables et aimants dangereux. L'envoi massif depuis la Chine aggrave l'empreinte carbone et les déchets. Sous le Digital Services Act, la Commission exige des mesures correctives ; Shein et Temu promettent des contrôles renforcés, tandis que l'UE envisage durcissements réglementaires et taxes.
Une étude réalisée par les organismes de régulation du marché de l'Union européenne met en lumière une situation préoccupante : près de 7 produits sur 10 commercialisés par les grandes entreprises de commerce en ligne chinoises, Shein et Temu, ne se conforment pas aux normes de sécurité en vigueur au sein de l'Union européenne. Cette proportion vertigineuse soulève de graves questions sur la protection des consommateurs européens face à l'essor fulgurant de ces plateformes de vente en ligne qui inondent le marché de produits à prix cassés. Face aux substances toxiques, aux risques électriques et à la non-conformité réglementaire, le niveau d'alerte est à son paroxysme.
Méthodologie de l'enquête et résultats chiffrés
L'enquête, orchestrée par la Commission européenne en partenariat avec les autorités nationales de régulation du marché, a concerné un échantillon de produits acquis de manière anonyme sur les plateformes Shein et Temu entre décembre 2023 et mai 2024. Au total, 148 produits ont été analysés dans différentes catégories : jouets, électronique, vêtements, cosmétiques et accessoires. Les tests ont été réalisés dans des laboratoires agréés selon les protocoles standards européens.
Les résultats sont sans appel : 69 % des articles testés présentaient au moins une non-conformité avec la législation européenne. Plus précisément, 47 % des produits constituaient un danger direct pour la santé ou la sécurité des consommateurs, tandis que 22 % présentaient des défauts de marquage ou d'information. Parmi les catégories les plus préoccupantes, les jouets se distinguent en tête avec un taux de non-conformité de 85 %, suivis des produits électroniques avec 78 % et des cosmétiques avec 62 %.
Les infractions constatées varient de la présence de substances chimiques prohibées à des risques d'électrocution, en incluant des pièces détachables potentiellement dangereuses pour les enfants. Parmi les produits électriques soumis à des tests, 32 % d'entre eux affichaient des défauts d'isolation susceptibles de provoquer des chocs électriques. Cette enquête s'inscrit dans le cadre du renforcement de la surveillance du marché numérique européen, en particulier suite à l'entrée en vigueur du Digital Services Act.
Risques pour la santé, la sécurité et l'environnement
Les analyses effectuées en laboratoire ont mis en évidence des concentrations préoccupantes de substances toxiques dans un grand nombre de produits. Des phtalates, considérés comme des perturbateurs endocriniens et prohibés au sein de l'Union Européenne depuis 2007, ont été identifiés dans 15 % des vêtements pour enfants analysés, à des concentrations atteignant jusqu'à 620 fois les seuils autorisés. Ces substances sont corrélées à des dysfonctionnements de la fertilité ainsi qu'à des perturbations du développement. Dans les cosmétiques, des conservateurs allergisants et des métaux lourds comme le plomb et le nickel ont été identifiés au-delà des seuils réglementaires.
Les jouets représentent une source de préoccupation significative. En plus de la présence de phtalates, plusieurs produits comportaient des risques d'étouffement en raison de petites pièces susceptibles de se détacher aisément, ou contenaient des aimants puissants non sécurisés dont l'ingestion peut entraîner des perforations intestinales potentiellement mortelles. Un jouet lumineux soumis à une analyse a révélé l'émission de niveaux de lumière bleue susceptibles d'être nocifs pour la rétine des enfants. L'absence récurrente de notices rédigées en langues européennes exacerbe ces risques en privant les consommateurs d'informations cruciales concernant une utilisation sécurisée.
Sur le plan environnemental, l'empreinte carbone associée à ces produits soulève également des interrogations. Produits en Chine et expédiés individuellement par voie aérienne afin de respecter des délais de livraison extrêmement courts, ils engendrent des émissions significatives. De surcroît, leur durabilité particulièrement restreinte contribue à une surconsommation ainsi qu'à une augmentation des volumes de déchets. L'emploi de matériaux non recyclables, associé à l'absence de circuits de collecte appropriés, vient renforcer ce constat écologique alarmant.
Responsabilité des plateformes, du commerce et pistes d'action réglementaire
Face à ces résultats, la Commission européenne a immédiatement convoqué les représentants de Shein et Temu pour exiger des mesures correctives. Le Digital Services Act, qui est entré en vigueur en février 2024, impose aux très grandes plateformes en ligne des obligations accrues concernant la surveillance des produits commercialisés. Ces entreprises se doivent désormais d'instaurer des systèmes de vérification efficaces avant la publication des offres et de procéder au retrait rapide des produits dangereux signalés. Le non-respect de ces obligations peut donner lieu à des sanctions financières pouvant s'élever jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires mondial.
Shein et Temu ont réagi en communiquant leur intention de renforcer leurs processus de contrôle de la qualité et de procéder au retrait des produits identifiés comme non conformes. Shein déclare avoir engagé un montant de 15 millions d'euros dans un programme de conformité aux normes européennes et avoir recruté 200 spécialistes en réglementation. Temu, pour sa part, fait mention de l'établissement d'un laboratoire d'essai en Europe ainsi que d'un système de traçabilité des fournisseurs renforcé. Néanmoins, les associations de consommateurs estiment que ces annonces sont insuffisantes et demandent la mise en place de contrôles indépendants et systématiques.
Un certain nombre d'États membres plaident en faveur d'un renforcement des réglementations. La France envisage d'établir une taxe sur les colis à faible coût en provenance de pays tiers, tandis que l'Allemagne aspire à contraindre ces plateformes à désigner un importateur légal responsable au sein de l'Union européenne pour chaque produit. Le Parlement européen procède actuellement à l'examen d'un projet de révision du règlement relatif à la sécurité générale des produits, lequel pourrait instaurer des tests préalables obligatoires pour certaines catégories présentant un risque élevé. Les douanes européennes renforcent également leurs contrôles aux frontières, mais l'explosion des volumes – Shein et Temu représentent ensemble plus de 600 millions de colis annuels vers l'Europe – complique considérablement la tâche.

