Vos achats sont déjà décidés bien avant d’entrer en magasin

Anne-Sophie Fronek
Lecture en 7 min
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L'essentiel

Une vaste étude internationale menée par WPP Media et l'Université d'Oxford montre que 84 % des décisions d'achat se forment avant l'arrivée en magasin, via le brand priming : une empreinte émotionnelle créée par l'exposition répétée à logos, slogans et musiques. Les consommateurs arrivent avec trois marques en tête; promotions et impulsions pèsent peu. Le bouche-à-oreille et les avis surpassent la publicité payante, tandis que quatre points de contact bien choisis valent mieux que la multiplication des canaux. Le phénomène, universel sur 47 pays et 200 catégories, exige d'investir dans la construction de marque et de cibler le timing et la pertinence plutôt que la simple portée publicitaire.

Une vaste étude internationale menée par WPP Media et l'Université d'Oxford révèle que 84 % des décisions d'achat sont prises avant même l'arrivée sur le lieu de vente. Basée sur l'analyse de 1,2 million de parcours consommateurs dans 47 pays, cette recherche met en lumière le rôle crucial du « brand priming », ce conditionnement mental qui s'opère bien en amont de l'acte d'achat.

Le mythe de l'achat spontané s'effondre

L'étude « How Humans Decide » révèle que 84% des choix se jouent avant même l'achat. Les consommateurs ne se présentent pas en magasin avec un esprit vierge. En revanche, ils se présentent déjà avec trois marques spécifiques en tête. Les promotions et les impulsions pèsent finalement peu dans la balance.

Ce phénomène s'explique par le « brand priming ». Le consommateur acquiert un biais inconscient en raison de son exposition répétée à une marque. Résultat : lorsqu'il se rend au point de vente, il est déjà informé des articles qu'il souhaite acquérir. Cette recherche bouleverse les idées reçues sur le marketing de performance.

L'analyse concerne plus de 1,2 million de parcours d'achat s'étalant sur une période de dix ans, englobant 47 pays et plus de 200 catégories. L'ampleur des données atteste de l'universalité du phénomène. Il ne s'agit pas d'une simple tendance éphémère, mais d'un mécanisme profondément ancré dans la psychologie humaine.

Le brand priming, cette empreinte mentale invisible

Le brand priming agit comme une empreinte émotionnelle, ancrée par la répétition de logos, slogans ou musiques familières. Il ne s'agit pas d'une simple notoriété. Il s'agit d'un ancrage considérablement plus profond qui influence nos préférences de manière inconsciente.

Cette influence durable se mesure concrètement. L'étude met en évidence une étonnante stabilité des préférences de marque d'une année sur l'autre. L'attachement se développe progressivement, par étapes successives. Chaque exposition revêt une importance, même si elle est minime.

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Néanmoins, chacun ne réagit pas de manière identique. Environ 23 % des consommateurs restent peu influençables, tandis que 10 % sont particulièrement réceptifs à ces signaux de marque. Cette diversité contraint les marques à peaufiner leur stratégie plutôt qu'à adopter une approche généralisée.

Le bouche-à-oreille écrase la publicité classique

Les canaux relationnels surpassent de manière significative les médias payants en termes de performance. Une recommandation personnelle représente 48 % dans le processus décisionnel d'achat, un avis client contribue à hauteur de 36 %, tandis qu'un courriel de gestion de la relation client (CRM) en constitue 17 %. Ces données illustrent la position de l'influence véritable.

En revanche, la publicité traditionnelle rencontre des difficultés. La publicité numérique atteint un plafond d'environ 17 %, tandis que l'affichage extérieur se situe à 12 %, et la radio ainsi que les podcasts ne dépassent généralement pas 6 %. La confiance prime désormais sur la répétition publicitaire. Les consommateurs écoutent leurs pairs.

Les canaux Owned, Shared et Earned sont près de trois fois plus puissants que les médias payants seuls pour transformer un biais en achat. Cette transition vers les leviers relationnels redéfinit les priorités en matière de marketing. Elle incite les entreprises à reconsidérer leurs investissements.

4 touchpoints bien choisis valent mieux que 20

Multiplier les canaux sans stratégie ne mène nulle part. L'étude le démontre de manière claire. Sélectionner quatre points de contact sans appréhender leur impact conduit à une probabilité de 20 % d'influencer le comportement. En revanche, la sélection des quatre meilleurs augmente ce taux à 47 %.

Ce résultat met un terme au culte de la portée maximale. Il ne s'agit plus d'une problématique de volume, mais de pertinence. Chaque canal doit être choisi en fonction de son pouvoir d'influence avéré. Le contexte et la cible revêtent une importance primordiale.

Le timing revêt également une importance capitale. S'adresser au consommateur au moment opportun, durant la phase adéquate de son parcours, accroît considérablement l'efficacité. La cohérence stratégique s'impose désormais en tant qu'objectif principal, reléguant la saturation publicitaire au second plan.

Un phénomène universel qui défie l'ère du numérique

L'étude réalisée dans 47 pays et portant sur 200 catégories met en évidence l'universalité de ce phénomène. Que ce soit dans le domaine de l'électronique, de l'alimentation ou de la mode, le mécanisme demeure inchangé. Les préférences se développent bien avant l'acte d'achat.

Cette observation s'oppose à une croyance largement répandue. La notion d'un consommateur libre et opportuniste à l'ère numérique est remise en question : à mesure que les choix se diversifient, l'esprit tend à rechercher la familiarité. Confronté à l'abondance des options, notre esprit s'efforce de trouver des repères.

Dans un univers caractérisé par une pléthore d'options, les marques qui parviennent à s'établir de manière pérenne dans la mémoire collective obtiennent un avantage significatif bien avant la compétition liée au clic. Ce principe transcende les cultures et les catégories. Il réévalue la signification véritable de la conquête d'un consommateur.

Les répercussions sur les stratégies de marketing

La communication relative à la construction de marque ne saurait être considérée comme facultative : elle constitue une activité fondamentale qui détermine si une marque est en concurrence au moment où une décision d'achat est prise. Le marketing de performance, à lui seul, ne saurait plus répondre aux exigences actuelles. Il intervient avec un retard considérable.

Les marques se doivent d'investir dans la phase de préparation. C'est à cet endroit que se joue l'issue de la bataille, au sein de l'inconscient du consommateur. Cette étape requiert de la patience ainsi qu'une certaine constance. Les résultats ne se manifestent pas de manière immédiate, mais ils s'avèrent durables.

Cette étude interroge les fondements traditionnels du marketing de performance, qui se focalisent sur l'influence exercée au point de vente. Elle avance que l'influence se manifeste bien avant l'engagement dans le processus d'achat. Les entreprises se doivent de réévaluer leurs budgets en conséquence.

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Passionnée par le marketing, la lecture et l'écriture font partie de mon quotidien. Je suis rédactrice sur Actu-Marketing.fr et m'occupe également des réseaux sociaux.